Sueños del Teide en llamas

Sur les versants abrupts du Tiède, là où la terre a été façonné couche par couche par les différentes éruptions. J’arpente Les amas de roches, je scrute les horizons déchiquetés, j’immortalise le sol abrasif qui portent les cicatrices d’une histoire géologique violente.

 

Ici, la réalité se dissout dans l’onirisme. Les couleurs, inversées comme dans un rêve fiévreux, basculent vers des teintes irréelles, tandis que le filtre dominant rouge baigne chaque paysage d’une lueur presque hallucinatoire. Le sol semble respirer, les roches se transforment, et l’horizon, cisaillé comme une toile déchirée, nous rappelle un mauvais rêve. On croirait marcher dans un paysage mental, où le volcan, endormi mais jamais éteint, murmure encore ses rêves de feu.

Traces d'humanité

À travers les vitres de la 404 de Momo, les paysages de la Petite Kabylie défilent. Les montagnes se découpent dans le ciel bleu, les vallées s’étirent à perte de vue sous le soleil, les terres fertiles laissent rêveur sur un avenir prospser. Tous ces atouts me donnent le sentiment de la carte postale idyllique. Mais en s’approchant, mon regard se heurte à une réalité plus crue : des sacs plastiques accrochés aux buissons, des débris de verre qui scintillent dans la poussière, des cannettes rouillées abandonnées...

 

Partout où l’humain pose le pied, il ne peut s'empêcher d'y laisser une trace de son activité. Car ce constat est valable dans le monde entier et même au-delà.

 

Ainsi, « Traces d’humanité » est une série photographique qui confronte la beauté brute de ces paysages à la négligence de ceux qui les traversent. Chaque image révèle la grandeur de la nature et sa fragilité face à la présence intrusive de l’homme, incapable de passer sans laisser derrière lui les stigmates de son mode de vie. Ce ne sont pas des traces de vie, mais des marques de désinvolture, des cicatrices infligées à un environnement qui, sans cela, aurait pu rester un coin de paradis.

 

La lueur d’espoir réside dans les quelques clichés immortalisés ou, l’on peut voir une tentative de recyclage par le tri des déchets. Je salue la démarche et encourage celle-ci.

Mirages Mesquite Falt Sand Dunes

Au cœur de la Vallée de la Mort, « Mirages Mesquite Flat Sand Dunes» est une série photographique qui joue avec les limites de la perception, transformant ce désert en un territoire onirique, presque surnaturel. Grâce à l’utilisation de verre dichroïque placé devant mon objectif, les images capturent des reflets colorés, des surimpressions hasardeuses, des distorsions lumineuses qui évoquent des mirages, ces illusions d’optique si caractéristiques des déserts.

 

Ces mirages artificiels, créés par la lumière filtrée et réfléchie de mon procédé m’aide à décrire mon sentiment sur place : Des teintes changeantes par la lumière, des formes mouvantes, par le vent qui déplace ces dunes, une réalité qui vacille entre le tangible et l’imaginaire. La supercherie, devient ici le théâtre d’une expérience visuelle où le spectateur est invité à douter de ce qu’il voit. Ces images interrogent notre rapport à la réalité et à l’illusion, entre ce que nous percevons et ce que nous croyons.

Recycling Ready Made

Recycling ready made

-Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme.-
Anaxagore -Ve siècle avant J.C

Il existe une petite lâcheté toute parisienne qui consiste à abandonner sans état d’âme un bien usagé sur la voie publique. Je me suis alors amusé à bomber en doré les déchets encombrants, afin d’attirer l’attention du citoyen sur la responsabilité, la démarche du ramassage et du tri sélectif .

Au quotidien, les gens trouvent presque normal de voir des détritus de toutes sortes sur les trottoirs. Désormais cela fait partie du décor - des meubles. Bien entendu, ce sont les quartiers populaires qui souffrent le plus de cette réalité.

Chaque année, 88 000 tonnes de déchets encombrants sont laissées sur la voie publique, dont 60% déposés illégalement. Un bel exemple de consommation de masse. Dans cette boulimie d’objets, on se sépare sans problème de son vieil ami pour le remplacer par le dernier cri. La plupart de ces appareils sont en état de marche ou ont juste besoin d’une réparation. Heureusement, des gens aux revenus modestes les récupèrent, et les retapent. D’autres citoyens ont créé des collectes d’objets pour les trier et les recycler.

En parant d’une dorure ces épaves, comme il est d’usage de mettre en valeur les détails architecturaux en les recouvrant de feuilles d’or, je décide, à l’instar de Marcel Duchamp, d’élever au statut d’oeuvre éphémère ces produits délaissés. Les passants s’étonnent alors de leur beauté nouvelle, mais leur présence incongrue les interpelle sur l espace qu’il occupe. Cette nouvelle parure les interroge sur la valeur marchande que les déchets peuvent à nouveau représenter. En les reconditionnant, ils ne sont plus débris mais se métamorphosent une fois de plus en objets utiles.
Ils valent de l’or.

Réseau VN

Pour mieux saisir l’esprit vietnamien, il suffit de lever la tête et observer le réseau inextricable qui domine Hànôi. Bon, comprendre, c’est vite dit. Enfin, il me donne quelques ficelles pour comprendre le Vietnam.

On pourrait le comparer à ce qui se passe dans les rues de la capitale :
Le réseau électrique est à l’image de ses rues étroites et de la circulation très dense des motos qui se croisent dans tous les sens, en perpétuel flux tendu, jusqu’à parfois s’entrechoquer.

Celui-ci peut être comparé à la cuisine vietnamienne :
Comme un « bùn », plat à base de nouilles de riz, il est facile à réaliser, mais composé d’ingrédients innombrables et très variés. Ce principe régit la plupart des mets qui sont à la fois simples et recherchés.

Il est à l’image de la structure familiale :
Complexe, en perpétuelle augmentation, en partie insaisissable pour un occidental. Une famille classique peut atteindre un nombre de membres impressionnant à tel point qu’ils numérotent les oncles et tantes pour savoir de qui on parle « tonton 2,3,4 etc »

Il reflète même l’administration du pays :
le réseau est officiellement hiérarchisé et pyramidal, partant d’un parti unique pour s’étendre jusqu’aux nombreux chefs de village, de quartier. On trouve cependant beaucoup de nœuds, des chemins officeux, mais obligés… pour arriver à une sorte de nébuleuse organisée.

Au bout du compte, le système électrique ne manque pas de nous laisser dans une certaine perplexité et pourtant, il fonctionne.

Arhitechoids

Architechoids

Astro le petit robot de Tezuka, R2D2 de Lucas ou le petit dernier Wall-e de Pixar...Dans la fiction, les robots nous sont familiers et font partie de notre imaginaire collectif. Pourtant, ne sont-ils pas déjà parmi nous ? On les voit depuis quelques décennies dans les usines, et s'introduisent peu à peu dans notre environnement, programmés pour des tâches multiples.
A travers le monde, les villes se déconstruisent pour se reconstruire comme Pékin et Tokyo. D'autres émergent de nulle part comme Dubaï ou les villes champignons d'Asie... Les projets des architectes et des urbanistes semblent défier les limites de l'imagination.. A croire que chaque société est influencée inconsciemment par ce qu'elle a vu, lu ou entendu. Isaac Asimov, Stanley Kubrick, Alejandro Jodorwsky entre autres nous préparent à l'avenir. Les nouvelles technologies envahissent l’espace urbain.
Béton, alliage de métaux, verre, aux normes BBC ou HQE. Ces mutations urbaines intègrent certes des matériaux innovants, mais aussi la nanotechnologie et la robotisation. Les villes, et l'habitat deviennent connectées aux réseaux. Nous ne sommes qu'au balbutiement de la révolution numérique. Voitures sans chauffeur, drones livreurs de colis et applications OS construiront les horizons de demain.
Cette course effrénée vers la démesure hi-tech a fait germer l'idée d'une série que j'ai nommée «Architechoids». Créatures réalisées à partir des paysages de différentes mégalopoles, ces mutants urbains symbolisent une vision futuriste de notre façon de vivre. En mêlant des éléments d'architecture, d’urbanisme et de technologie, ce travail rend compte à la fois du passé de la ville et laisse imaginer son devenir.
La série "Architechtoids" fait la synthèse visuelle des différents composantes de chaque ville.

Gemme

C’est en août 2006 que je découvre ce paysage sublunaire. Tel un désert artificiel, cet endroit paraît surréaliste. Sous le soleil écrasant, le sol devient éblouissant.

Je perds tout repère : l’horizon se fond entre ciel et mer, les distances sont déformées par le manque de relief. Les couleurs se transforment. Le bleu vif vire progressivement au cyan qui lui-même se mélange à du rose pour finir blanc transparent. Lignes droites, puis triangles, carrés, ronds composent le paysage, se réduisant à un décor minimaliste de Robert Wilson. Sous mes pieds, ce sol étrange devient mousseux, visqueux et nauséabond mais à la fois tranchant. Il craque à chaque pas comme du verre translucide et me ronge peu à peu. Où suis-je ?

Je lève les yeux au ciel et aperçois la lune. Me voilà rassuré.Quelques crevettes et insectes attirent de grands échassiers. La végétation a pratiquement disparu, brûlée par le soleil mais surtout par le sel. Je suis sur les marais salants de Camargue dans le sud de la France.

 

 

 

 

Polysémie

POLYSÉMIE :

Propriété d'un signifiant de renvoyer à plusieurs signifiés présentant des traits sémantiques communs.
Phénomène si typique du langage naturel qu'est la polysémie pose au moins trois problèmes étroitement liés (...) celui du découpage des sens, c'est-à-dire de leur découverte et de leur définition; celui des relations que ces sens entretiennent et celui de la levée des ambiguïtés au plan du discours (R. MARTIN, Esquisse [infra bbg.], p.125).

Ce travail est une tentative d’étude sur le fond et la forme.

Le fond est ici travaillé de manière à ne plus avoir de repères d’espace, la prise de vue frontale en aplat permet d’isoler une forme humaine en mouvement. La trace imprégnée sur l’émulsion est la seule chose qui marque l’espace. Celle-ci se transforme, se fluidifie dans le temps, elle devient une onde, une énergie qui crée le dynamisme de l’image.

La forme donne ici le sens de lecture de l’œuvre. Ces images sont imprimées Grâce sur une surface aimantée, celle ci peut être pivoté à 360° et permet au lecteur d’interprète lui même le sens de lecture.

Le sens et la forme se rejoignent et devient un jeu pour laisser libre cours à l’imagination.

Cultures fantômes

Ces images capturent l’écho silencieux d’un passé maraîcher, où la monoculture est le reflet de notre rapport au sol, à la production, à l’oubli. Les serres abandonnées, squelettes de plastique et de métal, se dressent encore, mais leurs filets, déchirés par le vent, laissent filtrer une lumière crue. Sur le sol, les ombres dessinent des formes fantomatiques, traces éphémères  qui révèlent l’amertume des conditions d’exploitation agricole, où la terre, surexploitée, s’appauvrie ne laissant peu de place au vivant.

« Cultures fantômes » interroge ainsi la mémoire des lieux et la fragilité de notre mode de consommation. Que reste-t-il quand l’activité s’arrête ? Quand la terre, vidée de sa substance, ne renvoie plus que l’écho de son propre silence ?